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LE DEUIL

LE DEUIL – Article du 13 avril 2014 – Caroline Prudhomme

Le Deuil, un processus de guérison, de cicatrisation psychique qui fait suite à une perte, celle d’un être cher, d’une relation, d’un environnement, d’un travail, d’une période de vie…

 La mort, événement de la vie où l’on se retrouve seul comme au moment de notre naissance…rituels de passage d’un état à un autre.

 Le deuil fait aussi partie de ces passages de vie où l’on se retrouve seul face à ce processus de transformation intérieure.

 De la présence à l’absence. Passer du lien extérieur au lien intérieur…

 La mort d’un être aimé nous fait entrer tout naturellement dans un cheminement personnel, un processus de guérison, nous amenant progressivement à passer du lien extérieur physique qui nous rattachait à la personne au lien profond intérieur de sa présence.  

 A l’annonce du décès il y a cette phase de choc, de sidération ou de déni. Pour éviter une trop grande souffrance notre esprit construit comme une protection psychique pour nous mettre à distance de cette douleur, on se sent comme anesthésié, dans un état d’irréalité.

 Vient ensuite l’étape de la fuite ou la recherche. On va se remplir d’activités diverses pour fuir la souffrance, sans cesse plongé dans le travail, dans des activités sportives ou autres…toute cette agitation nous met à distance de cette douleur. Dans le cas de la recherche de la personne disparue, on a besoin de recréer le lien, de toucher des objets, des vêtements, de regarder des photos, des vidéos, d’écouter certaines chansons que la personne aimait entendre… Si certains comportements peuvent paraître « étranges » ou « excessifs » vus de l’extérieur, ils sont tout à fait normaux. Cette période peut être longue et au bout de 10 à 12 mois les proches qui nous soutenaient, s’il y en a… nous lâchent, ils sont fatigués de voir les photos, d’entendre parler du proche décédé. Cette protection que notre esprit avait mis en place s’estompe au fil du temps. Nous n’avons pas encore assez cheminé intérieurement pour passer du lien extérieur au lien intérieur.Alors que l’on pense se stabiliser c’est à ce moment là que tout s’écroule, comme si nous perdions la personne encore une fois. Cette émotion est normale, c’est simplement la dynamique du processus de deuil.

 

Dans l’étape de déstructuration qui peut intervenir entre 6 mois à deux ans après le décès et durer plusieurs années…Il y a comme une perte des repères, l’esprit prend conscience que la personne ne reviendra plus. Cette phase est très douloureuse et nous pouvons avoir l’impression un an après le décès que la situation est pire qu’avant. Des émotions comme la tristesse, la colère et la révolte… peuvent se manifester. La douleur est si grande que nous pouvons avoir la certitude que rien ne nous soulagera. Encore une fois c’est un processus normal. Si certains symptômes pouvaient déjà être installés sur un mode dépressif, ils peuvent s’aggraver. Pertes des contacts sociaux et repli sur soi, troubles du sommeil, de l’appétit, perte de confiance et d’estime de soi…

 

La dernière étape est la restructuration. Ce moment où progressivement l’idée de reconstruire sa vie commence à être envisagée. Cette phase s’amorce après avoir fait un travail sur nous-même. Quelque chose se passe, s’organise à l’intérieur de nous qui va redéfinir nos priorités. Redéfinir nos rapports avec notre entourage, notre famille, nos amis…avec peut être un changement social, professionnel…redéfinir notre relation à la personne décédée avec la certitude de sa présence intérieure. Nous pouvons à nouveau nous ouvrir vers l’extérieur sans culpabiliser. Et redéfinir notre rapport à soi. Qui je suis maintenant après ce cheminement ? Une dimension spirituelle peut s’ouvrir…C’est un événement dont on ne revient jamais comme avant.

Le deuil dans notre société

Ce processus peut être long, même très long…seulement nous sommes dans une société du paraître, paraître bien, paraître beau et en bonne santé. La maladie et la mort dérangent. Si dans les siècles passés il existait des traditions, des rituels, des codes et usages sociaux faisant de la mort et du deuil parties intégrantes de la vie, aujourd’hui il n’en est rien. La mort est passée du champ social au médical ce qui a engendré une perte progressive de cette connaissance ancestrale de la mort. La société a peur de cette inconnue, elle préfère cacher la douleur, la souffrance, la tristesse et l’enfouir quelque part profondément dans un endroit où on ne l’entendra plus, où on ne la verra plus en espérant ne plus la ressentir…mais quel autre endroit à part le cœur de nous-même ? Et que croyons nous que cette souffrance bien au chaud à l’intérieur de nous va faire ?….Si la société veut cacher, réduire ce processus de deuil, la réalité est tout autre. C’est un processus naturel qui doit se vivre pleinement, en l’accompagnant au mieux afin de pouvoir se reconstruire. Il est essentiel de pouvoir en parler, d’exprimer sa douleur, sa souffrance et de revenir encore et encore sur ses émotions.

De part mon expérience personnelle et celle de certaines personnes que j’ai accompagné dans cette épreuve et évolution, il existe un phénomène appelé After Death Communication (ADC) ou Vécu Subjectif de Contact avec les Défunts (VSCD). Ce sont généralement des expériences spontanées mais qui peuvent être induites volontairement par des outils comme l’hypnose ou par l’intermédiaire d’un médium. On parle alors de Induced After Death Communication (IADC), Communication Post-Mortem Induite. Il est évident que ces expériences amènent un grand réconfort, accélère le processus de deuil, donne une autre vision de la mort et de la vie elle-même.

En tant que praticienne en Hypnose Ericksonienne et Humaniste, j’accompagne régulièrement des personnes dans ce cheminement. L’hypnose est un outil puissant qui permet dans un premier temps, quand le décès est trop récent, de soulager la personne par rapport aux différents symptômes qu’elle peut rencontrer, ex : troubles du sommeil….et par la suite, quand le moment est propice, de faire un véritable exercice sur le deuil lui-même afin d’accélérer le processus, d’intégrer le deuil et d’amener la personne à reprendre le plus normalement possible le cours de sa vie.

Caroline Prudhomme